La période dite des 30 glorieuses a duré de 1945 à 1973. Cette période marquée par le Fordisme et Keynésianisme a réussi à combiner la progression des salaires, des prestations sociales, des dépenses publiques et, surtout, de la production et de l’emploi. Dans la mesure où elle apportait la sécurité sociale, l’expansion économique était dans l’intérêt immédiat de la classe ouvrière qui n’en critiquait pas la nature et l’orientation, mais en réclamait plutôt l’accélération. Or l’expansion continuelle de la production entraîne un pillage accéléré des ressources naturelles. Le besoin d’expansion illimité du capital le conduit à chercher à abolir la nature et les ressources naturelles pour les remplacer par des produits consommables, cette expansion conduit à la destruction de notre écosystème.

Or cette période a atteint ses limites, la productivité permise par le machinisme stagnait en raison des méga-structures productives, débutait alors la révolution de l’immatériel et de l’informatique et la productivité a repris sa croissance infernale.

La productivité du travail augmente sans cesse, c’est un objectif majeur des entreprises et du « capital-productif » Le volume du travail productif au sens de l’économie capitaliste diminue de façon dramatique. Un travail est « productif » quand la valeur de ce travail est supérieure à ce que le travail consomme. La révolution de l’informatique, des technologies de la communication, la dématérialisation du travail, la spécialisation des productions, la subdivision et la hiérarchisation des tâches conduisent à une amélioration radicale et continue de la productivité du travail jusqu’à la robotisation complète des processus de production et in fine à la disparition de l’emploi. Il faut alors de moins en moins de travail (donc d’emplois productifs) pour produire un même volume de marchandises. La valeur de ce même volume tendra à baisser ce qui impliquerait une baisse des profits sans une augmentation des volumes de production (la croissance) L’entreprise capitaliste combine en réalité l’intensification de la productivité et l’augmentation de la production. La destruction des ressources et la destruction des emplois sont donc des nécessités systémiques du capitalisme. La régulation n’est en cela qu’un ralentisseur. D’autre part la valorisation de ces gigantesques capacités de production exige que le modèle de société soit celui de l’hyper consommation. La croissance est donc une condition et une nécessité pour le capitalisme. Depuis 40 ans l’empreinte écologique de l’humanité a été multipliée par 3.

Les conséquences sont donc redoutables, elles sont sociales et écologiques.

Plus la productivité augmente plus le nombre d’actifs dont dépend la valorisation d’un capital (par exemple une industrie) diminue. Pour empêcher le profit de baisser la productivité d’un nombre de plus en plus faible d’actifs doit augmenter de plus en plus vite. C’est une boucle infernale, très bien connue des salariés de l’industrie mais qui s’applique désormais à tous les secteurs. Le capital se heurte désormais à sa limite interne, le nombre des actifs « capital-productifs » devient si faible que le capital s’affaiblit et n’est plus en mesure de se reproduire. La population directement « capital-productive » représente moins de 10% de la population active des pays occidentaux. Nous le constatons tous les jours, des entreprises spécialisées sur des créneaux hyper-étroits, n’ayant plus que trois clients, trois fournisseurs et trois concurrents mondiaux. Le capital productif ne permet donc plus au capital de se reproduire, l’investissement n’est plus rentable et ne permet plus l’accumulation de capital. Le capital a donc eu recours de plus en plus à « l’industrie financière » qui ne produit rien mais qui permet d’accumuler tant que les bulles spéculatives n’éclatent pas. En 2007 plus de la moitié des bénéfices des entreprises américaines provenait d’opérations financières.

La limite externe est également atteinte car il est impossible de trouver des débouchés rentables pour les volumes de production, la consommation devrait pour cela croître aussi vite que la productivité pour atteindre des niveaux de gaspillage qui dépasseraient l’entendement. C’est ce que le capitalisme réalise par l’hyper consommation et par l’endettement généralisé ou hyper-endettement, des entreprises et des ménages, notamment par la bulle immobilière qui a éclaté en 2008 Or pour améliorer la productivité il faut détruire des emplois. Pourtant les représentants du capital vantent les mérites de ce même emploi qu’ils abolissent massivement en prétextant que la croissance est insuffisante et en accusant les salariés d’être trop chers.

Le développement durable peut-il nous permettre de remettre en question notre modèle de société et nos modes de vie ?

Les mass-médias, les entreprises, l’Etat … la société dans son ensemble parlent du développement durable. Chacun devine que notre civilisation va être confrontée à un problème de grande ampleur, la plupart situe cette perspective dans quelques mois, 5, 10, 20 .. 50 ans, donc plus tard. Il est vrai que pour les consommateurs occidentaux, cette problématique est difficile à mesurer. Seule l’urgence sociale intimement, liée à l’urgence écologique, est visible, ramener à notre quotidien. Pourtant la problématique de l’urgence écologique est confirmée chaque jour par les scientifiques, en général très prudents, la question du débat démocratique est donc posée face à l’urgence car son ampleur sera considérable et les mesures de régulation financière apparaîtront bien dérisoires. La « restructuration écologique » qui s’imposera alors ne pourra qu’aggraver la crise systémique.

La crise économico-financière actuelle pourrait-être une opportunité pour un changement de modèle de société. Mais est-ce le cas ? Est-il raisonnable de promouvoir la relance de la consommation sans se poser la question de la connivence entre produire, détruire, consommer, gaspiller et accumuler. Est-il question de sortir de la productivité du travail, de la société de consommation ? Pourquoi donc ne pas s’engager dès maintenant dans une nouvelle logique économique en fondant une économie et une civilisation au-delà du salariat et des rapports mercantiles ? Dans cette optique les collectivités doivent envisager une aide massive au développement de l’économie sociale et solidaire, par exemple en incitant et favorisant la création de sociétés coopératives locales (SCOP, SCIC) dans le domaine des économies d’énergies, des énergies renouvelables, des circuits courts de production et de consommation, en encourageant toutes les expérimentations sociales qui développent l’autonomie économique des citoyens.

Le développement durable est donc un enjeu considérable pour l’avenir de notre société mais il ne doit pas être un alibi pour la perpétuation d’un système.