La tendance lourde de l’économie se caractérise par la production d’un volume toujours croissant de richesses assuré par un volume toujours décroissant de travail et de capital productif. Autrement dit la productivité permet de produire toujours plus à un coût de plus en plus faible. En conséquence la production distribue un volume décroissant de revenus à un nombre décroissants d’actifs. Cette tendance est aussi valable pour le capital dit productif qui diminue du fait de la productivité et des évolutions technologiques.. L'emploi productif ne représente plus en France que 12.4% pour l'industrie stricto sensu, environ 20% si on inclut le BTP et l'agriculture. La tendance de l'économie démontre donc que le travail, en tant qu'emploi, est de moins en moins nécessaire.
Cette tendance est évidente pour l'emploi productif mais elle est aussi valable pour les emplois du tertiaire. Or tout notre système social est bâti sur l'emploi ...dont la finalité contradictoire est d'être détruit. Ce qui implique logiquement le chômage, la précarité, l'augmentation des prélèvements sociaux sur les salaires ...et in fine une difficulté croissante à partager l'emploi et les revenus.

Or nous constatons que des millions d’emplois ont été crées (en France; 4 millions d'emplois supplémentaires depuis 1997. En Europe + 25 millions en 10 ans), mais à quel prix ? pour quelle durée ? et pour quel avenir ? Nous constatons également un développement sans précédent du capital sous la forme dite de bulles.
Comment donc ce système contradictoire peut-il se perpétuer ? avec 20% d'emplois productifs et une répartition du capital qui marginalise le capital productif.

Ce système ne peut survivre que par la croissance et l’hyper consommation ainsi que par le développement d’une économie fictive qui permet de créer des emplois et des moyens de paiement.:
- les possibilités de production du capital productif sont gigantesques et la seule possibilité de faire fonctionner cette méga-machine est de consommer, hyper-consommer et gaspiller jusqu'à la destruction finale de notre éco-système,
- pour consommer et créer des emplois, il est nécessaire d'élargir la sphère économique;

  • en marchandisant tout ce peut l'être, par exemple la santé mais aussi le développement des activités serviles baptisées emplois de service,
  • en construisant un modèle politico-économique ne dépendant pas des besoins réels et donc virtuel, par exemple en développant des grands programmes d'infrastructures comme les autoroutes, l'urbanisation, les transports à grande vitesse, l'aéronautique, le tourisme...ce modèle pour pouvoir s'exprimer suppose la destruction massive des richesses naturelles et de notre éco-système
  • en favorisant un système virtuel baptisé capitalisme cognitif (économie de l’immatériel et de la connaissance ; les technologies de l’information …), . Mais ici la tendance lourde de l'économie se heurte aussi à l'impossibilité de valoriser la valeur "travail cognitif" car les capacités de "production" sont socialisées et difficiles à isoler pour être valorisées.

La destruction massive des ressources naturelles et les dé-structurations sociales ont donc compensé, pour un temps, ce développement paradoxal. Les politiques, de la social-démocratie à la droite, ont soutenu et orchestré ce système, pour éviter la faillite à court terme mais en sacrifiant la planète.

C’est donc avant tout une crise du politique que nous vivons car celui-ci n’est plus en mesure d’amener des solutions compensatrices durables. La droite l’a compris depuis longtemps, elle récupère déjà l’environnement pour en faire le thème prochain de la croissance et ainsi faire durer un système sans en changer la logique destructrice pour la planète et pour l’homme.
Notre système économique n’est donc pas en crise, ou bien la crise est son état permanent, son maintien permet la perpétuation de la structure sociale …et réciproquement. Si ce n'est pas une crise il s'agit du modèle, c'est à dire le logiciel socio-culturel.