L’économie est le moteur de nos sociétés. Cet outil au service des hommes est devenu pour la plupart des dirigeants l’objectif principal de gouvernance, au détriment de sa finalité. Ils s’appuient sur des experts bardés de diplômes. Ces technocrates connaissent parfaitement toutes les théories en vigueur, apprises dans de prestigieuses écoles. Malheureusement, si l’économie est une science, elle n’est pas exacte. L’idéologie pousse à faire croire qu’il y a équivalence entre rigueur scientifique et « lois du marché» Ces théoriciens de la raison « surnaturelle » s’affrontent, suivant leur sensibilité, mais pratiquement aucune de leurs théories n’est vérifiable concrètement. Il en résulte qu’aucune de leur action n’a réellement d’effet sur les crises systémiques. En 2007, en raison de la forte croissance mondiale, nos experts affirmaient qu’il n’y a plus de crise économique mondiale sauf dans la vieille Europe protectionniste. Actuellement ils nous promettent des lendemains qui chantent dans le secteur de la croissance verte

Les systèmes économiques se sont complexifiés au point d’être devenu des systèmes artificiels et virtuels. Le capital est le « produit » le plus abondant en circulation. Les nouvelles technologies ont amplifié cette tendance.

Quelques données pour étayer :
- le capital en circulation en 2007 était 18 fois plus élevé que la valeur de tous les biens et services produits pendant une année et disponibles sur la planète
- plus de 1000 milliards de dollars sont échangés chaque jour ouvrable et seul 13% correspond au règlement d’une dette commerciale (87% sont donc consacrés aux transactions monétaires) ***
- le volume annuel des échanges est de l’ordre de 10 000 dollars, principalement par les grandes sociétés transcontinentales et transnationales. Ces échanges annuels se segmentent en trois parties :
o un tiers (environ) des échanges sont réalisés à l’intérieur des sociétés transcontinentales. Ces échanges matérialisent des flux internes, sans acte commercial véritable. Ces échanges s’amplifient avec les délocalisations.
o un tiers des échanges sont réalisés à l’intérieur des sociétés transnationales. Ces échanges matérialisent des flux internes, sans acte commercial véritable.
o Seul un petit tiers des échanges relève du commerce au sens classique.
- Les bulles spéculatives se développent et crèvent de plus en plus vite. Le virtuel, via les NTIC, accélèrent ces processus. La bulle immobilière de la dernière décennie conduit à marginaliser les pauvres dans des enclaves et à moyen terme risque de fortement appauvrir une bonne part de la classe moyenne

Les taux de croissance des pays de l’Asie conduisent rapidement à une impasse mondiale. Le taux de croissance de la chine fait pâlir de jalousie nos dirigeants (~ 10%). Mais à qui profite cette croissance ? la paysan chinois déraciné, à la recherche d’un emploi ? ou bien, comme toujours à une oligarchie proche du pouvoir ? Les inégalités sociales progressent dans une situation de surchauffe de l’économie chinoise.
On estime à plusieurs centaines de millions d’individus la main d’œuvre disponible, en quête d’un travail, dans les villes champignons de la Chine.
En France, il en résulte que le pouvoir d’achat est faussé par les produits importés à bas prix. Les produits et services indispensables à la vie augmentent sensiblement (car les ressources s’épuisent, y compris celles d’origine agricole) mais sont compensés, dans les indices, par les prix des produits futiles, qui eux sont importés. Par ailleurs toute augmentation du pouvoir d’achat augmente les importations venant des pays émergents (0.66 pour 1 point de pouvoir d’achat)
La répercussion de cette croissance frénétique sur les ressources (énergie, matières premières) est considérable. Concernant le pétrole, en 2025 la chine aura rejoint l’Europe pour le revenu annuel moyen par tête (en terme de PPA), ce qui aurait pour conséquence, un besoin de 220 millions de barils/jour pour la chine seule, à comparer à la production mondiale actuelle de 85 millions de barils/jour qui stagne.
Nos experts, pour nous rassurer, nous expliquent que cela ne durera que le temps d’une génération. En effet, la politique de natalité de la chine, un enfant par ménage, implique un vieillissement de la population dans 40 à 50 ans et donc une baisse de cette croissance frénétique ….

La financiarisation et la spéculation gouvernent l’économie. Le capital produit de la valeur sans travail. La règle classique « capital+travail » pour produire de la valeur ajoutée est remplacée pour une part de plus en plus importante par « petit capital de départ + gestion de l’information + crédit » pour produire du revenu spéculatif .
La croissance mondiale est donc illusoire. Elle est bâtie sur un système artificiel (voir ci-dessus) et sur un édifice vertigineux de crédits :
- les banques centrales fixent les taux directeurs de refinancement des banques. Elles utilisent cet outil pour contrer toute dérive inflationniste ou déflationniste. En général la hausse des taux limite l’inflation. A contrario, des taux bas stimulent la croissance, mais accentuent l’appel au crédit (ce qui à moyen terme provoque des tendances inflationnistes)
- les fonds spéculatifs ou hedge funds. La stratégie de ces fonds est la recherche permanente d’une performance financière supérieure au marché. Ces fonds sont très volatiles. Ils font un fort appel à l’endettement et ainsi peuvent disposer d’un effet de levier considérable. Ces fonds sont de plus en plus nombreux (plus de 8000 dans le monde) Leurs interventions sont souvent catastrophiques sur le monde industriel, malgré ce que peuvent en dire certains experts.
- Les produits dérivés (financiers) sont de plus en plus utilisés sur les marchés financiers, notamment par les fonds spéculatifs. Ils permettent de titritiser tout type d’opérations y compris des dettes. Ils permettent surtout de monter des opérations de spéculation, en investissant le minimum de son argent. Le reste, c’est du crédit. Par ailleurs, ces produits dérivés peuvent être eux même titritisés et ainsi de suite … Une pyramide incroyable de produits dérivés et donc de crédits de crédits grandit sans cesse. Par ailleurs, ces produits dérivés font l’objet d’intenses spéculations, qui peuvent être très juteuses et la crise finacière de 2008 ne semble pas avoir été comprise.
Les pauvres et la classe moyenne ne bénéficient pas de cette croissance, car eux travaillent ou sont au chômage.

Les autres indicateurs de développement (IDH, BIP40, GPI ou IPV) sont en contradiction avec le PIB (vieux indicateur datant des années 1930). Le PIB est en constante augmentation. Il traduit une certaine façon de concevoir l’économie, basée sur la croissance infinie. Le PIB comptabilise tout en positif ; un embouteillage, un accident, un gaspillage, la destruction de l’éco-système … le chômage. D’autres indicateurs élaborés il y a une vingtaine d’années proposent une façon relativement plus objective de mesurer la performance de l’économie, c’est à dire le bien être humain. Nous pouvons en citer plusieurs comme l’Indicateur de Développement Humain (IDH) suivi par l’ONU, le BIP40 (Baromètre des Inégalités et de la Pauvreté) ou le GPI.

BIP40

Le GPI (Genuine Progress Indicator, ou indicateur de progrès véritable), que propose depuis 1995 un institut californien (Redefining Progress) est en pointe sur les questions sociales et d’environnement. La méthode consiste à partir de la mesure traditionnelle de la consommation des ménages, à ajouter diverses contributions à la "vraie" richesse et au bien-être (par exemple l’activité bénévole, le travail domestique). Puis on soustrait la valeur estimée des "richesses perdues", notamment naturelles (destruction de la couche d’ozone, autres dommages à l’environnement, destruction de ressources non renouvelables), mais aussi sociales (coût social du chômage, des délits, des accidents de la route, progression des inégalités). Dans cette "comptabilité nationale élargie", on évalue (tant bien que mal) en unités monétaires tous ces effets ajoutés ou retranchés, par exemple la valeur (ajoutée) du travail bénévole, la valeur (perdue) liée aux dommages à l’environnement, etc. Concernant les USA, la comparaison entre PIB et GPI donne la dérive suivante. Le GPI et le PIB décroche depuis les années 1980, c’est à dire depuis la financiarisation de l’économie qui a décroché le travail de la création de valeur.

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Contrairement à ce que disent les experts, la croissance et la mondialisation ne profitent qu’à une minorité : les riches. C’est ainsi que les 225 patrimoines privés les plus élevés du monde atteignent, ensemble, plus de 1000 milliards de dollars. Cela correspond au revenu annuel des 2.5 milliards de personnes les plus pauvres de la planète. Aux USA la fortune de Bill Gate est équivalente à celle des 106 millions d’Américains les plus pauvres. Les ventes de chacune des 100 sociétés transnationales les plus importantes du monde dépassent la totalité des exportations de l’ensemble des 120 pays les plus pauvres. Plus de 900 millions d’adultes sont aujourd’hui à la recherche d’un emploi dans le monde, les délocalisations ont donc encore un potentiel considérable. Dans les pays du tiers-monde, 1.3 milliards d’humains disposent de moins d’un dollar par jour pour survivre. Les données statistiques sont innombrables, toutes dans le même sens et ce n’est pas l’augmentation des mouvements (virtuels) de capitaux avec les pays d’Afrique qui peut changer l’ordre des choses.

Concernant les pays occidentaux, la baisse des chiffres officiels du chômage masque une réalité dramatique, notamment pour les jeunes. En France le taux de chômage serait descendu à 8% en 2007 (fin 2009 il devrait être de 10%). Ce résultat a été obtenu en précarisant les emplois, notamment ceux des jeunes. On estime qu’un Français sur trois n’a qu’un travail précaire. D’ailleurs cette situation est cohérente avec le NAIRU (taux de chômage qui n’accroit pas l’inflation) évalué à 9% pour la France. Les experts en économie croient-ils à « l’économie de ruissellement », théorie selon laquelle plus la croissance est forte, plus elle profite à tous. Mais le fait est que les pauvres, ne peuvent prétendre qu’aux éventuelles miettes du gâteau. Prétendre que "plus le gâteau est gros, plus il y a de miettes" ….. c’est se moquer des gens.

Cette fuite en avant est présentée comme la seule solution possible, en réalité cela conduit inexorablement à l’accroissement des inégalités, au fractionnement du monde et à la destruction de notre écosystème. Pourtant la mondialisation, conduite solidairement par les peuples, peut-être une force potentiellement capable de réaliser le développement humain sur la planète.