La pensée politique s’articule sur deux courants principaux :

- le premier courant met le citoyen au centre des préoccupations. Il considère notamment que les attentes des citoyens se résument à payer le moins possible d’impôts et à pouvoir bénéficier au maximum des richesses produites. Pour un élu cela consiste à essayer de ne pas augmenter les impôts et à répondre aux attentes des électeurs (par exemple ; plus de parkings, plus d’éclairage public, plus de « belles » routes, plus de facilités pour consommer, plus d’emplois …) Ce principe du « toujours plus, c’est mieux » est très largement répandu. Il est partagé par la gauche et la droite et s’appuie sur l’hyper consommation, sur le comportement de consommation et sur le gaspillage. Il s’oppose donc à la vision écologique. Pour ce courant remettre en cause les modes de vie n’est pas à l’ordre du jour, le développement de la croissance consumériste est même un objectif. C’est donc une vision conservatrice qui permet aussi le maintien de l’ordre social …qui est peut-être l’objectif inavoué. Au sein de ce courant se retrouve les partisans de la prétendue rationalité de l’économie capitaliste.

- Le deuxième courant met en scène l’Etat et propose une vision plus interventionniste. Il oppose les classes sociales dans le cadre de la structure sociale existante pour exiger un autre modèle de partage suivant d’autres critères sensés être plus équitables et donc objectifs. Mais il ne remet pas en cause le système productif et ses obligations consuméristes ; il contredit donc la vision écologique.

- Entre les deux grands courants oscillent des sous-tendances en fonction des effets médiatiques et des plans de carrière des uns et des autres. Écartelée entre deux courants de pensée, les partis politiques traditionnels s’affrontent pour le leadership. La politique se résume de plus en plus à des guerroiements permanents et médiatisés d’ambitions.

- Aucune des deux tendances principales ainsi que celles dérivées n’intègrent réellement l’écologie comme détermination d’un nouveau modèle de société. Les évolutions actuelles, qui consiste à « repeindre en vert », ne doivent pas cacher que initialement l’écologie était perçue comme contradictoire à ces deux visions et par défaut classée à droite. C’est encore le cas pour certains mais ils n’osent plus l’affirmer.

Osons aborder la critique de la tendance lourde de l’économie. Notre économie se caractérise par la production d’un volume toujours croissant de richesses assuré par un volume toujours décroissant de travail et de capital productif. En conséquence la production distribue un volume décroissant de revenus à un nombre décroissants d’actifs. Ce système ne peut survivre que par la croissance et l’hyper consommation ainsi que par le développement d’une économie fictive qui permet de créer des emplois et des moyens de paiement. La destruction massive des ressources naturelles et les destructions sociales ont compensé, pour un temps, ce développement paradoxal. Pour faire tourner la méga-machine à produire il faut consommer toujours plus et pour hyper-consommer il faut gaspiller et détruire les ressources. D’autre part les gains de productivité sont supportés par les salariés, de plus ils doivent consommer toujours plus au risque de bloquer la méga-machine productrice. Les politiques, de la social-démocratie à la droite, ont soutenu et orchestré ce système. Ils ont même contribué à le sauver de la faillite certaine, pour des raisons dites sociales. Ils ont ainsi fait émerger ce que l’on appelle le capitalisme cognitif (économie de l’immatériel et de la connaissance ; les technologies de l’information …), ils ont également soutenu et organisé le développement de programmes politiques de grande ampleur ; urbanisation, transport routier, transport à grande vitesse, aéronautique …. Projets qui se traduisent par une accélération sans précédent de la destruction de l’écosystème et l’artificialisation de notre espace. Bien sûr des millions d’emplois ont été crées, mais à quel prix ? pour quelle durée ? et pour quel avenir ?

C’est donc avant tout une crise du politique que nous vivons car celui-ci n’est plus en mesure d’amener des solutions compensatrices durables. La droite l’a compris depuis longtemps, elle récupère déjà l’environnement pour en faire le thème prochain de la croissance et ainsi faire durer un système sans en changer la logique destructrice pour la planète et pour l’homme.

Notre système économique n’est donc pas en crise, ou bien la crise est son état permanent, son maintien permet la perpétuation de la structure sociale …et réciproquement.

Concernant la gauche, la critique de la rationalité économique est insuffisante et surtout repliée sur l’histoire, il y a ceux qui croient toujours sans l’avouer aux vertus du socialisme étatique et ceux qui considèrent qu’il est indispensable de s’adapter au capitalisme, loi universelle et définitive de l’économie. Hors cette dichotomie explique la sclérose de la gauche dans l’évolution de son fond idéologique.

Une troisième voie, celle de la sphère de l’autonomie est à développer pour proposer un modèle tripolaire en distinguant ce qui relève de l’économie de marché, ce qui relève des services et du rôle de l’Etat et sur ce qui devrait être notre objectif principal : le développement de l’autonomie (au sens large) Le développement de la sphère d’autonomie améliore l’épanouissement des individus en leur permettant de se soustraire aux aliénations et déterminismes. Il suppose également une nouvelle logique distributive des revenus plus juste et donc un mode consommation plus en adéquation avec les ressources de la planète.