Depuis ces dernières années le « nouveau modèle de développement » est débattu au sein de la gauche. Trois scénarios divisent la gauche:

  • La croissance sans changer fondamentalement le modèle productiviste. Depuis quelques temps se développe l'idée d'une croissance verte pour sauver le système. La différence avec la droite concerne le partage de la valeur ajoutée entre le travail et le capital.
  • La décroissance, arguant que les limites de notre système Terre sont dépassées.
  • et une troisième voie qui s'exprime par développement durable, la croissance sélective ou une autre croissance.

Nous le savons tous, le plus souvent de façon intuitive, nous vivons au dessus des moyens de notre planète. Pour les scientifiques l'empreinte humaine est en moyenne de 1,3 planètes, c'est à dire que nous dépassons et épuisons la biocapacité de la terre.
La croissance mesure la progression du PIB, les études récentes démontrent que la « taille » de l'empreinte écologique est corrélée au PIB: plus le PIB par habitant est important plus l'empreinte par habitant est grande. Si nous appliquons un taux de croissance de 3% par an cela représente un doublement en 25 ans et une multiplication par 20 en 1 siècle...il est évident que ce modèle n'est pas soutenable, il s'apparente à une razzia des ressources jusqu'à épuisement total.

C'est par le productivisme que la croissance se perpétue. Or la destruction d'emplois est inhérente au productivisme. Pour créer des emplois il faut que la croissance de la consommation (ménages et investissement) soit supérieure aux gains de productivité, finalement une course poursuite vers l'abîme; croître pour maintenir ou créer des emplois, travailler pour pouvoir consommer et (réciproquement) consommer pour pouvoir maintenir ou créer des emplois. Croître, travailler et consommer sont donc intimement liés.

croissance-verte.jpg Concernant la croissance verte, je pense qu'elle a un sens ambigu: signifie-t-elle une refondation du modèle économique ou un ajustement pour continuer la course poursuite. Il est évident que la production écologique doit augmenter MAIS dans un cadre global qui suppose une diminution de l'empreinte écologique, du bilan carbone....des secteurs doivent donc décroître ...lesquels ? qui va se lancer et proposer les secteurs à faire décroître ? cela implique également que des secteurs comme le "vert" doivent hyper-croître pour maintenir une croissance positive et en faisant décroître l'empreinte écologique, cela me semble une gageure ou une fuite en avant.
conso-regression.gif La décroissance quant à elle est conceptuellement logique notamment pour réduire l'empreinte écologique. Mais ce concept n'est pas viable pour deux raisons. La première est métaphorique, le mot est connoté négativement; pour l'opinion publique la décroissance s'apparente à la régression. La deuxième raison concerne les plus démunis, les plus pauvres en commençant par les pays sous-développés. Il est évident que cela ne les concerne pas, bien au contraire.
Politiquement il est donc illusoire de mobiliser l'électorat, hormis minoritaire, sur ce « projet ». Il impliquerait que les plus aisés, y compris les classes moyennes des pays occidentaux soient en mesure d'accepter un nouveau partage ...c'est à dire une baisse du pouvoir d'achat ! qui est prêt à proposer cette solution ?

La croissance sélective permettrait une acception philosophique, néanmoins elle renvoie à la croissance verte et finalement pourrait s'avérer aussi ambiguë et inefficace. Et puis pourquoi ne pas évoquer la décroissance sélective ? ...

Aucune voie ne serait idéale Pour autant, faut-il baisser les bras ? Nous connaissons les blocages, ils sont essentiellement d'ordre sociologique et psychologique. Je suis persuadé que nous devons agir. Pour cela nous avons 3 enjeux structurant:

  • Réduire l'empreinte écologique et là nous savons que la problématique de l'énergie est centrale.
  • Réduire l'injustice c'est à dire les injustices sociales et écologiques.
  • Redonner ou donner du sens au travail en transcendant la valeur économique.

Pour conclure, il serait préférable de flatter notre imaginaire politique par des mots positifs qui expriment la progression et non la réduction ou la régression !!