Nous avons vu que les énergies fossiles avaient changé la nature du travail et de l'économie. On peut même considérer que l'énergie, notamment le pétrole, est plus indispensable que le travail. La société s'accommode très bien des chômeurs et des précaires, mais se bloque très rapidement sans l'énergie du pétrole. Les pipelines sont de gigantesques intraveineuses de l'économie et bizarrerie très américaine nos experts en économie l'ignore ou réduise cette importance à une matière première banale. Deux raisons perturbent cette belle mécanique économique virtuelle; le pic pétrolier dit de « hubber » et le réchauffement climatique. Pour produire toujours plus nous nous goinfrons d'énergies fossiles mais à un prix qui risque d'être exorbitant pour les générations futures, le déséquilibre de l'éco-système « Terre » est enclenché et continuera à s'amplifier jusqu'à un seuil inconnu.

inerties-fossile.jpg

Pour ma part je considère cette problématique, si elle est prise en compte préventivement, comme une opportunité à infléchir le cours ancestral des choses de la société. Néanmoins, restons réalistes quand je pense à inflexion je pense à « dérivée seconde » (si vous préférez la tendance de la tendance)

Le tableau ci-dessous présente pour la France les empreintes en hectare par destination (nourriture, logement …) et par usage (énergie, terres cultivées, pâturage …) On voit immédiatement que la problématique de l'énergie est essentielle.

en ha énergie terres cultivées pâturage forêt terres construites pêche total %
nourriture 0,3 0,8 0,2

0,4 1,7 0,32
logement 0,8

0,1 0,1
1 0,19
transports 0,8




0,8 0,15
Biens & services 1,2 0,1
0,4 0,1
1,8 0,34
total 3,1 0,9 0,2 0,5 0,2 0,4 5,3

En fixant comme critère de ne pas bousculer la société et l'opinion publique, alors nous devons prendre des objectifs modestes ...acceptables. En même temps on peut supposer que cette modestie, avec la volonté de changer, pourrait se traduire par des conséquences améliorant la justice sociale. Mais peut-être que même cette modestie sera perçue comme trop radicale. Sur le tableau précédent on voit que la consommation d'énergie prélève 3.1 ha sur les 5.3 de l 'empreinte moyenne des Français. En particulier 3 secteurs posent problèmes; le logement, les transports et la consommation hors alimentation. Ce n'est pas un surprise vous en conviendrez.

Analysons le cas du logement:

En France la consommation énergétique des logements est supérieure en moyenne à 200 kw/h/m2. La norme RT 2005 fixe modestement la norme d'isolation à 85 Kw/h/m2. En faisant peu d'efforts supplémentaires nous pourrions cibler une norme de l'ordre de 30 kw/h/m2. Je postule donc que sans trop d'efforts on peut diviser par 3 l'empreinte écologique du logement. Pour cela il faudrait isoler beaucoup plus que 400 000 logements par an (objectif très modeste du Grenelle de l'environnement) et s'engager dans la véritable mutation énergétique qui créerait des emplois. Car au rythme de 400 000 logements par an, il faudra 75 ans ! Par ailleurs cela ferait baisser la consommation énergétique des ménages, notamment les plus modestes et in fine améliorerait le pouvoir d'achat...encore faut-il pouvoir financer cette restructuration écologique.

Comment le financer ?

La dette publique est de l'ordre de 1500 milliards d'euros à ce jour. Nous ne touchons pas encore le fond, les abysses des déficits vont encore se creuser car on devrait atteindre plus de 100% du PIB d'ici 2015 (prévision de l'OCDE) Il est donc indispensable de trouver des recettes nouvelles et qui soient strictement réservées à cet objectif; il me paraît farfelu de financer la restructuration écologique en accroissant encore le déficit. Bien sûr il est possible de revoir les priorités des dépenses de l'État, mais ce sujet n'est pas prêt d'être consensuel, il ne l'a jamais été. Plusieurs solutions sont possibles entre impôts, taxes ou contributions. La taxe est la solution la plus facile, preuve en est de la TVA qui représente 50% des recettes de l'État. L'inconvénient de la taxe est qu'elle n'est pas socialement juste, par exemple instaurer une taxe écologique sur la consommation énergétique aboutirait à pénaliser les plus modestes, qui par exemple, par rapport à la surface de leur logement consomment plus que les riches. D'autre part taxer la consommation encourage implicitement la croissance de la consommation. En effet si la consommation baisse, les recettes baissent, si bien que nous avons ce paradoxe; pour pouvoir financer les économies d'énergie il faudrait consommer plus d'énergie. L'inconvénient de l'impôt est qu'il est mal vécu par l'ensemble de la population. La classe moyenne, principale contributrice, ressent l'impôt direct comme une baisse de son pouvoir d'achat et une injustice. Les riches (le dernier décile, voire centile) évoquent des arguments équivalents et surtout prétendent qu'il est indispensable de récompenser les meilleurs c'est à dire ceux qui contribuent le plus à la création de valeur. On retrouve dans ces hyper-privilégiés les diplômés « prestigieux », les sportifs, les traders ... Plutôt que de débuter par une taxe qui «oblige» à faire des économies d'énergie il est prioritaire de commencer par ce qui permet de faire des économies. Pour le logement cela consiste à rénover et isoler les logements sur des bases ambitieuses et non influencées par les lobbies du bâtiment. Expliquer aux individus qu'ils doivent moins consommer, c'est à dire pour ceux qui habitent des logements mal isolés de vivre dans des appartements ou la température en hiver pourrait être de l'ordre de 15°, est d'une part injuste d'autre part n'a aucune perspective d'être efficace. Une taxe sur la consommation énergétique n'est donc pas la solution la plus efficace et la plus juste pour engager cette restructuration.

Une contribution progressive sur tous les revenus et spécifique à l'énergie est une autre solution, déjà développée pour le social avec la CSG. Ces recettes dégagées seraient affectées uniquement aux économies d'énergie; par exemple sur la base de 4 millions de logements par an, à la production décentralisée des énergies renouvelables....Tous les revenus devaient être assujettis à cette contribution. Or actuellement ce n'est pas le choix du gouvernement, celui-ci propose des crédits d'impôts à ceux qui ont les moyens d'investir, c'est à dire les plus aisés. Bien sûr les plus démunis ont les mêmes droits par rapport aux crédits d'impôts mais il leurs manque le financement de départ. Une participation proportionnelle au montant des travaux à réaliser pourrait donc s'envisager pour les plus modestes. Concernant les logements sociaux c'est à la puissance publique de prendre en charge ces restaurations. Enfin pour les logements privés en location, ce n'est pas aux locataires de prendre en charge ces restructurations. Il ne faut pas perdre de vue que l'investissement dans le foncier a pour objectif l'accroissement de revenus présents et/ou futurs. Les arguments du type « c'est pour ma retraite » « c'est pour mes enfants »….. sont des alibis destinés à masquer l'enrichissement patrimonial.

Réduire/Pénaliser la consommation énergétique doit être mis en place. Les accords de Kyoto datent bientôt de 20 ans et rien de réellement significatif a été mis en œuvre. Si dans un premier temps encourager la restructuration est nécessaire, dans une deuxième étape il est indispensable de contraindre. Dans ce cas là, la taxe sur la consommation énergétique pourrait être adaptée. Cette taxe devrait être universelle (comme la TVA) et appliquée à tous les produits et services en fonction de leur empreinte écologique et énergétique. Dans le cas de l'alimentation, la quantité de transport utilisé serait taxée sur la base des émissions de CO2. Par exemple l'importation hivernale de raisins en provenance d'Afrique du Sud, y compris issu de l'agriculture biologique, devra être fortement contrainte. Néanmoins se pose toujours la problématique de la justice, c'est à dire que même pour des produits rendus très chers, les riches pourraient consommer imbécile sans être trop gêner. Il est donc préférable de s'orienter vers une norme énergétique qui impose des contraintes par type de consommation, nous vivons dans un monde de normes et celle là a un sens. L'Europe, spécialiste en matière de normes, pourrait le faire si la droite au pouvoir, championne toute catégorie du laisser-faire qui profite aux plus riches, le décide. A moins de s'orienter vers une limitation des revenus dans une échelle sociale réduite ...mais qui est prêt à le mettre en œuvre, pas la droite je suppose, et qui est disposé à l'accepter ...les diplômés ?

En réalité nous tournons en rond, aucune mesure de bon sens ne semble possible à mettre en place, englués que nous sommes dans notre représentation sociale.