La valeur ajoutée des entreprises a reculé de 2,6% entre le début de la crise en 2008 et le troisième trimestre 2010. Le niveau de l'avant crise n'a toujours pas été rattrapé. Plus inquiétant même, les entreprises ont « d'une certaine façon » limité le massacre, mais pour combien de temps ?

Comment ?

  • Sur cette même période le chiffre d'affaire des entreprises est inférieur de 4,2% au niveau de l'avant crise.

  • Les salaires sont restés stables, ils ont augmenté de 0,4% (on devrait plutôt parler de masse salariale, car le chômage a considérablement augmenté. Les salariés du « noyau dur » des entreprises n'ont pas été trop impactés)

  • par contre les entreprises ont considérablement diminué leurs achats (les consommations intermédiaires ont baissé de 5,3%)

Par ailleurs l'excédent brut d'exploitation (EBE) des entreprises a baissé considérablement. La part de l'EBE * dans la VA est fin 2010 de 30%, soit un niveau inquiétant qui rappelle la situation des années 1985 (sur la période 1980/1985 les sociétés financières perdaient globalement de l'argent, globalement les entreprises avaient des charges qui excédaient les produits)

En parallèle, grâce à la politique de la BCE, les intérêts des emprunts ont considérablement baissés, ce qui a permis aux entreprises de réduire leurs frais d'emprunts et donc de limiter la baisse de la VA.

Au final si la baisse globale des chiffres d'affaires est de 4,2% la baisse de la VA n'est que de 2,6%, par contre les excédents d'exploitation mettent en danger le redémarrage pérenne de l'économie.

En outre les dividendes versées aux goinfres ont augmenté de 18,7 milliards d'€ (7,5% de la VA en 2008) à 19,6 milliards d'€ (8,1% de la VA en fin 2010).

Les entreprises ont donc amorti la crise financière par une politique classique de réduction des coûts (en réduisant leurs achat, en écoulant leur stock, en réduisant l'investissement …) et sans remettre en cause la distribution des dividendes. Malheureusement cette politique de réduction de l'activité des entreprises ne peut pas être poursuivie sans mettre en péril l'économie dans son ensemble.

Au final la situation est complexe. Elle ne peut pas durer comme actuellement sinon un effondrement économique nous guette. Mais en même temps nous savons, pour ceux qui veulent bien l'admettre, que le modèle économique basé sur la croissance à tout crin n'est pas pérenne. Si bien que pour éviter la crise sociale du siècle ou du millénaire, il faut faire repartir l'économie sans retomber dans le schéma précédent.

La remise en cause du système économique est donc indispensable. Mais ce n'est certainement pas suffisant, la remise en cause doit être politique et globale.

Mais ceux qui considèrent encore avec simplisme les choix économiques et politiques ne peuvent que nous égarer par des propositions manichéennes et démagogiques de type Sarko-show-biz. La réalité est complexe, ce n'est pas une émission de variétés à la TV, ni un autre « zapping » numérique. Changer de modèle, réformer la société, rendre le monde plus juste ...etc bref ce vaste ensemble que l'on appelle le système ne peut être réformé à la légère par quelques propositions marketing bien ciblées dont l'objectif est de faire gagner les élections. La politique ne se résume pas à trouver des solutions à des problèmes, c'est un choix de société.