Les récents événements en Tunisie, Égypte m'ont beaucoup intrigués. Depuis longtemps je m'interroge sur l'apparente immobilité de nos sociétés. Bien que les évolutions technologiques soient très rapides (la loi de Moore explique que les capacités technologiques doublent tous les 18 mois) force est de constater que les progrès sociologiques sont à la traîne, quand il ne s'agit pas de régression. Cette contradiction m'a toujours interpellé.

Le rôle joué par ceux qui détiennent le pouvoir est à cet égard symptomatique. J'ai d'ailleurs la conviction que ceux qui ont le pouvoir, que ce soit dans les pays démocratiques ou dans les pays autocratiques, sont le frein principal à l'émergence du progrès humain.

Je m'explique:

La vocation théorique du pouvoir politique est de proposer une vision prospective de l'avenir de la société (la cité) et d'impulser les changements. Cela suppose une capacité de remise en question des inerties sociétales et donc de soi-même bien évidemment incompatible avec la pétrification du pouvoir.

La réalité est bien différente, ceux qui ont le pouvoir n'ont pas l'intention de le laisser. Il y a bien sûr les explications données par ceux qui sont concernés, elles sont toujours altruistes y compris pour les autocrates; personne n'explique que c'est par intérêt personnel. On finit toujours par habiller la réalité par des alibis comme « l'intérêt collectif », « les compétences », « l'expérience » ...bref toujours les mêmes litanies.

Examinons le comportement des dictateurs ou autocrates. Ils occupent le pouvoir depuis des décennies. La plupart du temps ce pouvoir a été capté dans le cadre d'une rente de situation, soit l'un a pris la suite du père, soit c'est le parti unique qui a permis la cooptation.....etc les cas sont nombreux ! A cet égard on pourrait tenter des similitudes avec les démocraties ou on peut constater des modes de continuités politiques équivalents, mais habilement maquillés par des rites démocratiques. Les autocrates restent au pouvoir 20, 30 ans voir plus au pouvoir ...nous le constatons également dans les démocraties, les exemples sont innombrables. On pourrait même conclure que cela pourrait durer jusqu'à la nuit des temps, d'ailleurs ces pratiques sont très anciennes, elles se pratiquaient du temps des empereurs romains.

Et puis les peuples se rebellent, c'est ce qui se passe en Afrique du Nord et aussi dans d'autres pays comme Haïti. Lassés, les peuples, dans le cas de pays, électeurs pour d'autres niveaux, signifient très clairement que celui ou celle qui a le pouvoir doit partir. Ils finissent toujours par partir, mais pas de bon gré. Le plus étrange est d'ailleurs cette pantomime qui paraît burlesque, les autocrates ou individus enkystés dans le pouvoir (c'est peut-être l'inverse, le pouvoir enkysté par certain) qui déclare vouloir rester pour terminer leur mission (on se demande laquelle ?) Le plus rigolo a été Duvallier à Haïti qui est revenu proposer ses services. En fait ces individus ont un tel besoin d'exister par le pouvoir (être gratifié à titre personnel, ce qui est une forme sophistiquée et dangereuse de l'égo-centrisme) qu'ils sont devenus sourds et aveugles, ils n'entendent plus les gens si tant est qu'ils aient jamais écouté. On pourrait penser que cela ne concerne que les autocrates, en réalité nos démocraties sont menacées de façon semblable même si les règles du jeu paraissent plus libres. On peut dire les choses à la différence d'une autocratie mais finalement cela ne change pas les « drogués » du pouvoir....car comme dit le proverbe "les promesses n’engagent que ceux qui écoutent !"

Pourquoi ?

Pour deux raisons essentielles que l'on peut aussi hiérarchiser entres elles. Car même dans les analyses on peut se tromper dans la racine des causes. Je précise. En général on explique que le pouvoir permet de s'octroyer des avantages significatifs, scandaleux dans le cas des autocrates. C'est bien évidemment vrai et vérifié, la richesse de ceux qui ont le pouvoir politique est toujours supérieure à ceux qui n'ont pas le pouvoir. Mais ce n'est pas la seule raison, les hommes et femmes de pouvoirs souffrent d'un problème qui les motive à agir pour accéder au pouvoir. Ils ont besoin du regard condescendant des autres (les dominés en terme sociologique) pour être bien dans leur peau de "dominant". Quand les dominés regardent les dominants avec des yeux de « merlan frit » les hommes et femmes de pouvoir ressentent une profonde gratification, pour certains à la limite de la jouissance. Parvenu au pouvoir, quel qu'il soit, l'objectif est de durer pour bénéficier le plus longtemps possible des deux gratifications « être admiré » et « avoir ». La finalité théorique n'est plus qu'un vague alibi, qui permet, dans le meilleur des cas, de préserver ses fidèles. La conséquence est une société bloquée aux évolutions indispensables et à tous les niveaux.

Pour contrer cela il n'y a que la solution de limiter sérieusement la durée des représentations et de revoir radicalement les modes de désignations des responsables politiques....mais là, comme on peut le constater, la résistance des dominants sera considérable.....avec des argumentations connues et éculées "on ne va se tirer une balle dans le pied !" ...etc