Les démocraties se refusent d'imposer aux citoyens la moindre inflexion de leurs modes de vie, les progrès technologiques permettent pour partie cette fuite en avant.

En effet, le mécanisme électoral contraint les élus à revenir devant leurs électeurs à des intervalles réguliers. L'objectif de l'élu est de durer pour les raisons que nous avons vu dans le billet précèdent (je n'évoque pas ici les « petits » élus de terrain, qui d'ailleurs ne peuvent pas faire carrière) Si bien que l'élu (ou le futur élu) propose toujours des politiques qui démontrent clairement les intérêts des électeurs, parfois jusqu'à la démagogie.

Un candidat qui agirait comme un « juste », en expliquant que notre modèle de société se dirige dans un mur humainement et politiquement inadmissible, commettrait une erreur électorale profonde car l'électorat ne suit que très rarement l'avant-garde éclairée de la conscience.

La boucle est bouclée, la pratique électorale de la politique sclérose la démocratie, c'est l'aboutissement d'une logique sociétale qui consiste à considérer l'intérêt global de la société comme la somme des intérêts individuels.

Or nous vivons un moment particulier de l'histoire des hommes. Ce n'est pas la première fois ni la dernière, mais cette fois-ci nous sommes confrontés à une réalité nouvelle; notre terre est finie (c'est à dire que les ressources naturelles sont limitées) et ne peut pas supporter un projet infini.

Il s'agit donc de savoir quel projet humain sera possible et pour cela il devient donc urgent de revoir nos modèles démocratiques; primo pour concilier le court et le moyen terme, secundo pour réduire le carriérisme politique et tertio pour s'assurer des compétences politiques qui dépassent les intérêts immédiats.

Dominique Bourg, philosophe, propose de séparer ce qui relève du court-terme et du moyen terme. Le court-terme serait confié à une assemblée d'élus traditionnels qui auraient en charge les sujets quotidiens et événementiels.

Le moyen terme et le long terme serait confié à une nouvelle institution qui remplacerait le Sénat dont la population ne sait plus à quoi il sert. La fonction de cette assemblée serait double; primo, élaborer de grands projets de réforme du vivre ensemble en favorisant le passage à une société économe des ressources, secundo, opposer son véto aux projets de loi qui contrediraient les deux objectifs constitutionnels précédemment exposés. Cette assemblée ne serait donc pas législative, elle pourrait intervenir soit à l'amont soit à l'aval. Dominique Bourg propose également un mode de désignation original car le processus électoral classique a montré ses limites. Il propose donc que ce nouveau Sénat soit constitué au 2/3 de membres choisis au hasard sur des listes de personnes qualifiées, listes qui pourraient être constituées par les ONG. Et bien sûr le mandat serait unique dans le temps et la durée.

Je trouve ces propositions intéressantes car elles permettraient de faire évoluer le modèle politique traditionnel, à bout de souffle, et ainsi sauver la démocratie de son délitement.