Anthropocène ! C’est ma réponse préférée toutes les fois que l'on évoque nos pollutions, et les nouvelles extractions de ressources fossiles qui font la une de l'actualité.

Anthropocène ou l'ère dans laquelle l’homme est devenue la principale force géophysique capable de modifier son environnement. Elle a commencé avec la révolution industrielle et l'utilisation du feu (et de la chimie) dans tous nos procédés industriels. D’abord avec le charbon et la machine à vapeur puis le pétrole, le gaz, le nucléaire civil... Notre niveau de dépendance (85 %) à ces énergies est permanent et pourtant il semble être hors de portée de notre conscience collective.

En réalité nous avons besoin d’énergie pour transformer notre environnement; transport, construction, plastiques, produits manufacturés en tout genre, agriculture, santé...Cette utilisation d'énergies fossiles domine tous nos modes de production, elle est au cœur de nos modes de vie, autant dire que sans elle notre monde «moderne» n’existerait pas.

Nos besoins en ces énergies vont croissants. À la fois pour satisfaire la demande des pays émergents, mais aussi pour celle des anciens pays industrialisés qui n'ont pas encore franchement stabilisé leur consommation. Il est désespérant de constater que ces besoins en énergies fossiles sont toujours une nécessité vitale à nos sociétés. Ces ressources ne sont pas renouvelables, elles vont donc subir un optimum de production à l'extraction (déjà le cas en ce qui concerne le pétrole) et, qu'on le veuille ou non, dans l'état actuel de notre modèle de développement, il faut assurer leur ravitaillement.

Personne ne veut que l'on aille chercher le pétrole profond, personne ne souhaite que l'on racle les sables ou schistes bitumineux, et tout le monde espère ardemment que l'on laisse la ou il est le gaz de schiste.... Mais rares sont ceux qui, en contrepartie, sont capables de revoir leur mode de vie, de renoncer à leurs loisirs à l'autre bout du monde, d’oublier le dernier Ipod ou le tout nouveau 4x4 (et encore moins quand celui-ci permet d'afficher sa réussite sociale)….Bref on veut une démocratie pleine de liberté et de jouissance, sans contrainte, et si la planète a des limites finies, elles le sont surtout pour les autres.

Pour les écologistes, il y a encore trop de pétrole et de matières fossiles, pour les économistes et les industriels l'épuisement de ces matières premières est une très mauvaise nouvelle qui freine la « divine croissance ». Le consommateur, lui, veut garder son pouvoir d'achat. Quand il est ému par les signaux de pollution et qu’il pense qu'il faut faire quelque chose, on lui propose des éco-gestes (tri sélectif, extinction des lumières, ampoules basses consommations...) ou des impostures écologiques (éolien et photovoltaïque), ou encore du «marketing vert» pour flatter sa bonne conscience et au passagerelancer sa consommation !

Sans aucune notion d'ordre de grandeur - un passager émet 900 kg d'équivalent carbone en moyenne pour un aller retour Paris New York, soit un tiers de l'émission annuelle d'un Français tous gaz à effet de serre confondus (qu'il faudrait en plus diviser par quatre)- il n'imagine pas les efforts qu'il va falloir encore accomplir, dans la raison ou sous la contrainte, pour éviter que notre monde ne devienne pas invivable. Il n'est déjà plus question de le réparer pour le remettre dans l'état ou nos grands-parents l'ont connu puisque certains seuils d’irréversibilité ont déjà été franchis.

Ce débat sur la recherche effrénée de nouvelles énergies fossiles, avec les levées de boucliers que cela entraîne, me paraît un peu décalé. La solution ne viendra pas du politique, les pétitions auront un effet provisoires; tout au plus celles-ci vont avoir un rôle d'alerte de l'opinion et permettront de différer quelques temps les mises en production. Le plus sûr moyen de ne pas avoir recours à ces énergies et à leurs procédés d'extraction polluants est tout simplement de réduire la demande. Il s'agit là avant tout d'un problème de prise de conscience des consommateurs, et par conséquent de modèle de société, donc d’éducation et d’information (pas facile, le style «star académie» accapare presque tout le champ médiatique grand public).

S'agissant du nucléaire, c'est le même débat. Aujourd’hui notre niveau de consommation électrique est tel que si nous voulons sortir du nucléaire rapidement il faut avoir recours au charbon ou au gaz. Dans l’attente d’une maturité plus grande des énergies renouvelables, l'autre voie est de réduire nos consommations, de diminuer nos besoins en chauffage (isolation), en informatique en tout genre. Peut-être aussi repenser et optimiser la force motrice des usines et, plus généralement, de produire moins, notamment le superflu.

Au risque de choquer, j'ai maintenant acquis la conviction que la solution ne viendra pas de la démocratie dans son mode de fonctionnement actuel (et je ne souhaite pas pour autant un autre régime politique) tout simplement parce que la raison d'être du politique c'est son élection (de ce point de vue un seul mandat semble suffisant). L’électeur, souvent mal informé en raison d'un système médiatique trop superficiel, mais aussi par paresse individuelle, vote en fonction d'intérêts personnels et immédiats. Il vote pour des promesses de lendemain meilleur, ce qui manifestement ne semble plus possible pour les décennies à venir.
Il faudrait au contraire avoir une vision longue pour faire évoluer notre modèle de développement, faire des investissements importants sur la recherche de nouvelles énergies propres, repenser notre consommation, nos impôts, la redistribution des richesses créées... Mais une vision longue est impossible avec des démocraties qui fonctionnent à la fois sur la promesse intenable d'un monde meilleur et sur des horizons politiques qui dépassent rarement les deux ans. Il faudrait aussi et surtout des ententes internationales sur des objectifs précis et chiffrés à atteindre, mais les derniers sommets, en pleine conjoncture de crise économique, ont démontré que, de ce côté-là, la seule unanimité était la règle du chacun pour soi.

Mais il y a pire, le politique n'a pas, dans la grande majorité des cas, plus de connaissances que l'électeur moyen sur les questions environnementales (c'est-à-dire les 2 minutes du résumé du journal de 20 heures), sur l'importance que représentent les énergies fossiles dans notre quotidien, sur l'ampleur des efforts qu'il va falloir conduire pour se libérer la contrainte carbone. Je ne suis pas loin de penser que la plupart des politiques, comme un tiers ou un quart des Français, ne sont pas acquis aux problèmes environnementaux.

D'ailleurs, s'il arrive à l'électeur d'être écologiste dans ses déclarations, dès lors qu'il s'agit de mettre en place des dispositifs capables de modifier son comportement, comme la taxe carbone, il crie à l’injustice sociale, alors même qu'il ne fait pas l'effort d'examiner les dispositifs de redistribution ou de compensation proposés envers les plus démunis.

Pour conclure, nous ignorons, ou voulons ignorer, que notre mode de vie, nos avancées sociales - santé, espérance de vie, retraites, loisirs …- notre démocratie, ne reposent que sur le progrès technique ; c'est-à-dire la combinaison des inventions et de l’utilisation croissante d’énergie fossile. Ce progrès technique a rendu nos économies prospères et les démocraties qui s'y sont développées ont pu, de façon plus ou moins heureuse suivant les périodes et les pays, distribuer les richesses produites. Maintenant nous nous acheminons vers la rareté des énergies fossiles, une rareté qui sera socialement beaucoup plus difficile à répartir que l'abondance que nous avons connue.

L’électeur aspire à la liberté mais en même temps il veut être guidé. Quand tout va bien, il faut surtout le laisser tranquille pour qu'ils puissent jouir sans contrainte et sans limite, dès que les difficultés apparaissent il attend tout du politique, car il le croit omniscient. Je suis convaincu que la solution est du côté de la prise de conscience du citoyen, de sa volonté de s'éduquer, de s'informer, d'aller chercher lui-même l'information primaire en laissant de coté celle du prêt à penser intellectuel issu des médias.

Une révolution intellectuelle en somme, oui, je sais, c'est un conte pour enfants !...

Christian