La gauche a toujours eu un rôle essentiel dans les mutations et transitions de la société, jusqu'à présent on peut considérer qu'elle a réussi: la démocratie au 19éme siècle, 1936, 1944, 1968 ….

Désormais nous sommes devant un mur qui paraît infranchissable. Jusqu'en 1968 on peut considérer globalement que la gauche a su anticiper et proposer la/les mutations du modèle social/sociétal. A partir de 1968 la force de proposition ne vient plus des partis (dit de gauche) mais de la rue ou de groupes plus ou moins importants, par exemple les ONG, de mouvements populaires comme les « indignés » ou des partis politiques plutôt minoritaires ....

Le débat politique s'est progressivement déporté vers la défense d'un ordre social dépassé et ancien, qui n'a fonctionné que pendant les 30 glorieuses. Le mot changement est employé de façon abusive car ce fameux changement ressemble plus à un retour nostalgique vers le passé ou un refus de tout changement.

A cet égard le débat sur les retraites est significatif; d'une part si nous concevons les retraites dans la continuité des 50 dernières années ou alors en imaginant une rupture des logiques infernales qui nous mènent vers l'abîme.

Si nous concevons les retraites dans la continuité des 50 dernières années, c'est à dire essentiellement sur des critères de partage de la richesse produite, il est évident que le problème de l'age de départ sera une des deux variables d'ajustement du montant des retraites (l'autre critère étant évidemment la durée de cotisation) Dès lors il est malhonnête intellectuellement de prétendre revenir à l'age de 60 ans même si c'est possible artificiellement. Dans les faits, les retraites seraient si faibles que l'âge moyen de départ réelle serait largement décalé au delà de 60 ans. On peut toujours faire du markéting politique, attirer le consommateur/électeur, par des promesses mais le risque de trahir est immense. On ne peut indéfiniment reporter les choix décisifs à plus tard, c'est à dire qu'il faut sortir des logiques comptables.

Si on imagine une rupture. Dans le domaine des retraites il est évident que le problème du financement se posera. Bien sûr les mécanismes de financement devront être ajustés pour être plus justes mais cela ne changera pas le problème final: nous gagnerons quelques années tout au plus. En réalité sur les retraites comme sur tous les sujets de société (la consommation, la production, le logement, l'énergie....) il ne peut être envisagé de proposer le passé comme projet d'avenir et caresser l'électeur en proposant de multiples bricolages baptisés pompeusement changement. Les retraites sont déjà un des enjeux essentiels du devenir de nos sociétés, c'est la conséquence démographique de la conception universelle de la société. Cet enjeu sera de plus en plus prégnant et sans remise en cause profonde nous serons face à une impasse dramatique ...d'ailleurs comme beaucoup de sujets. Au final la (les) question qui est posée est celle du travail et son utilité sociale, du rôle de l'économie, de l'éducation, de la formation tout au long de la vie, des loisirs, de la santé, du bénévolat ….. bref TOUT ce qui consiste à construire des liens sociaux et donc la société. Si nous n'y prenons pas garde, le début de la fin pourrait bien venir par la non prise en compte du vieillissement de la population. Enfin, imaginer comme solution palliative de faire fonctionner la pompe à bébé des pays en voie de développement est une idée saugrenue des technocrates économistes qui sous-entend philosophiquement que les pauvres doivent faire des enfants pour s'occuper des vieux riches.

En conclusion, les mentalités ne sont pas prêtes pour la mutation indispensable du modèle de société. Le débat polémiste sur l'âge de la retraite, pour discréditer certains, n'a de sens que politicien car chacun sait que le problème sera complexe. En tout état de cause un des objectifs de la gauche est/serait de préparer les mentalités à l'indispensable mutation plutôt que de caresser l'électeur dans le sens de son intérêt immédiat ...qui très souvent est en contradiction avec son intérêt futur.