Crise économique, stagnation ou baisse du pouvoir d'achat, crise écologique, réchauffement climatique, crise sociale, chômage et précarité en hausse …..nous pourrions faire une liste à la Prévert et démoraliser les plus optimistes.

L'augmentation de la précarité, du chômage sont des plus en plus préoccupants. Récemment de nouvelles suppressions d’emplois par milliers du groupe PSA Peugeot Citroën en France ont été annoncées, l'angoisse du lendemain devient prégnante.

Mais ne basculons pas dans le simplisme trivial, ces drames sociaux sont la conséquence de politiques qui niaient la globalité des crises qui sont désormais notre contexte. La crise financière est très grave mais elle n'explique pas à elle seule le contexte global, elle en est une expression qui rétro-agit sur la crise globale.

Chaque jour amène sa mauvaise nouvelle, chacun y va de son analyse, de son conseil, de sa solution évidente, de son catalogue de réformes ….mais rien ne change.

C'est une rengaine en musique de fond dans la guinguette Européenne que nous finissons par ne plus entendre et, bercée par elle dans une valse qui semble éternelle, nous ne savons pas ce qu'il faudrait faire, perdus et égarés dans tous ces enchevêtrements inextricables. Si bien que l'électeur ne croit plus rien, c'est une fuite en avant mais a-t-il d'autres solutions ?

Par quel bout commencer ? Nous entendons quelques idées intéressantes comme par exemple réindustrialiser la France pour recréer les emplois perdus. Mais la question qui vient immanquablement « pour faire quoi ? » « ressembler à l'Allemagne ? » ou dit autrement, quel est le fil conducteur crédible qui prenne globalement en compte le contexte actuel des crises et qui agirait et rétro-agirait par un puissant effet d'entrainement; finalement « quelle stratégie ? » En cela, je veux dire qu'il n'est pas possible de sortir de toutes ces crises systémiques sans se donner des priorités stratégiques qui s'appuient sur les éléments les plus importants de notre contexte. Faire ou proposer un programme présente bien, facile à vendre aux électeurs mais un programme-catalogue se bloque quand l'environnement fluctue et il faut bien comprendre que notre contexte de crises généralisées est l'inverse d'un contexte stable. Par ailleurs, il me semble indispensable de s'attaquer d'abord aux causes pour guérir les conséquences plutôt que d'agir seulement sur celles-ci, ce qui est par nature une problématique électorale.

Nous avons des besoins fondamentaux comme manger, se loger, se chauffer, se déplacer....

Nous savons également que ces besoins fondamentaux constituent une obligation de dépenses très importante pour les ménages. Les chiffres INSEE donne plus de 50% de dépenses contraintes pour les ménages. L'énergie est de ce point de vue là un secteur de dépense très important, en moyenne, les français dépensent 2150€ / an pour leur approvisionnement en énergie. Le premier poste de dépenses énergétiques des français est le chauffage avec un coût annuel moyen de 1200€ par foyer. Ensuite, arrivent l’eau chaude des sanitaires (350€/an), les appareils électroménagers (290€), les appareillages de la cuisine (140€), l’éclairage (100€) et les veilles (60€).

Au niveau national la facture énergétique est de l'ordre de 60 milliards d'€. C'est un montant que l'on peut comparer au déficit commercial de la France qui se situe également autour de 60 milliards d'€ en 2011. Par ailleurs, ces deux chiffres augmentent et de concert !

Nous savons également que le pétrole a permis des gains de productivité colossaux, c'est le fondement de l'économie productive et industrielle. Une évaluation donne « 1 litre de pétrole (11kwh) est équivalent en énergie à 30h de travail humain »

L'énergie est donc le premier enjeu de notre société, cet enjeu entraine tous les autres. Il doit être considéré à sa place qui devrait la première pour être la cause nationale prioritaire. Mais celle-ci ne peut pas être confiée au marché qui n'a pas pour objectif de réguler et d'organiser la société.

Une stratégie énergétique doit donc être déployée. Elle doit se donner 3 types de scénarios:

  • le premier est évidemment celui de la sobriété et de l'efficacité énergétique; c'est à dire comment réduire nos consommations énergétiques sans dégrader les conditions fondamentales de vie,

  • en parallèle, produire l'énergie primaire à partir des ressources renouvelables MAIS en veillant à ne pas reproduire les excès d'hyper-consommation, qui se traduiraient immanquablement par une destruction de l'espace,

  • le troisième scénario consiste, à partir de la production d'énergie, à faire muter la notion sociale de travail. Les économies d'énergie et la production doivent être localisées au plus près des besoins. Par ailleurs l'accès à l'énergie indispensable (besoins fondamentaux) doit être un droit, le surplus quant à lui doit être payé en fonction des ses impacts écologiques (et compensé) Par une stratégie politique novatrice nous pouvons créer des structures qui produisent et distribuent l'énergie dont les règles sont innovantes pour ce qui concerne le travail et l'emploi. De ce point vue là, il apparaît très nettement que nous ne pouvons pas laisser le marché organiser cette mutation sociétale, ce n'est pas son rôle et c'est contraire à son intérêt. En parallèle la distribution d'énergie doit être normée sur le critère essentiel du besoin fondamental. Nous pouvons nous inspirer des autres services fondamentaux que la collectivité offre à chaque citoyen (santé, scolarité obligatoire, CMU ….)

Une stratégie politique « énergie » peut être la première pierre d'une mutation innovante. C'est aussi la stratégie la plus réaliste pour démonter qu'une alternative crédible est possible ...encore faut-il être capable d'admettre que les grandes orientations Jacobines comme le nucléaire sont de fausses pistes. Il y a deux façons de voir les enjeux; soit nos choix politiques (économiques, sociaux et environnementaux) sont déterminés par la problématique énergétique et sa rareté prévisible, soit celle-ci est seulement considérée comme un simple moyen qui doit s'ajuster en fonction des contraintes et dans ce dernier cas il faudra assumer les pénuries et les inévitables régressions.