Selon un sondage OpinionWay-Fiducial, 72 % des Français estiment que la campagne pour l'élection présidentielle de 2012, apporte des réponses éloignées de leurs préoccupations. L'enquête a été réalisée en ligne du 16 au 19 décembre auprès d'un échantillon de 983 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (l'intervalle de confiance est donc correct)

Comment se répartissent les opinions des interviewés, entre les candidats:

  • 29% répondent qu'aucun des candidats ne proposent de solutions satisfaisantes à leurs préoccupations

  • avec 24 % des personnes interrogées, le candidat socialiste François Hollande arrive en tête des prétendants qui "proposent les meilleures solutions à leurs préoccupations quotidiennes",

  • ensuite Nicolas Sarkozy avec 20 %,

  • Marine Le Pen (16 %)

  • et François Bayrou (15 %).

Quelles sont les attentes des Français:

  • maintenir l'emploi (52 %), arrive en tête des priorités des Français

  • lutter contre la hausse des prix des produits de première nécessité (39 %), arrive en second, c'est la raréfaction des ressources planétaires qui commencent à se faire sentir,

  • maintenir le remboursement des soins (38 %), c'est à dire le financement de la solidarité

  • garantir aux jeunes l'accès au marché du travail (33 %),

  • lutter contre la délinquance (24 %).

Priorité à l'emploi

Nous pouvions nous en douter, l'emploi est considéré comme le premier enjeu par les Français. Il est utile de rappeler des évidences, évidences qui semblent ne plus être comprises par l'oligarchie au pouvoir actuellement.

Première évidence, le travail permet, pour la plupart, une rémunération et donc subvenir à ses besoins fondamentaux et consuméristes.

Mais le plus important n'est pas que celui de la rémunération; le travail est le moyen principal de création des liens sociaux. C'est à dire que pour exister normalement dans nos sociétés modernes il est indispensable d'avoir un travail; le travail est en général un emploi mais il peut y avoir d'autres formes comme le travail associatif, certaine forme d'artisanat. De ce point vue là, il apparaît que les politiques ne semblent pas comprendre cette dimension sociale du travail, pire certains considèrent comme des assistés ceux qui n'ont pas de travail ….

Ce sondage exprime donc le « sentiment ou ressentiment politique » des Français, ce sentiment/ressentiment a plusieurs sens qui peuvent être contradictoires.

La première analyse démontre que le fossé entre les élites politiques et la population se creuse encore. La première mission des élus est de représenter le peuple; c'est à dire, pour enfoncer le clou, qu'un élu est d'abord un représentant du peuple et non pas un oligarque qui fait carrière. De ce point de vue là les élus ne sont plus considérés comme des représentants du peuple par le peuple.

La deuxième analyse que l'on peut faire concerne la prise en compte des enjeux réels. Les Français expriment des attentes très concrètes; celles de leur quotidien, de leur présent et de leurs enfants. L'enjeu le plus grave pour l'avenir de l'humanité n'apparaît aucunement dans les attentes des sondés; c'est celui de la raréfaction prévue de toutes les ressources planétaires. Enjeu qui suppose, si on s'en occupe, une mutation du modèle de société (y compris par rapport au travail). Si les Français n'expriment pas d'opinion on pourrait penser que les Français ne seraient pas soucieux de l'avenir. En réalité ils expriment l'opinion qu'il n'y a pas de projet de société réellement proposé....ce qui d'ailleurs ne signifie pas qu'ils soient d'accord sur la nécessaire mutation du modèle de société, on peut même considérer que la société Française est bloquée sur le refus de changement.

Concernant les élus, cela peut s'expliquer; 80% des Français sont opposés au changement « à priori ». Ainsi, pour jouer la réussite électorale il est plus facile d'être conservateur, seules des réformes déjà acceptées par la population et détectées par les sondages sont alors proposées et mise en œuvre (en cela Sarkosy est un expert). Par ailleurs, ces réformes peuvent être contradictoires aux intérêts des enjeux d'avenir. Cette façon de faire la politique est populiste et médiatique, elle a pour objectif de plaire au plus grand nombre. En aucun cas l'objectif est de répondre aux enjeux réels; l'enjeu est électoraliste. Si bien que, paradoxe politique surprenant, les Français finissent par dire qu'il n'y a pas de projet d'avenir. Finalement il apparaît clairement que les missions de prescripteur (préparer l'avenir, expliquer, convaincre, dire les vérités qui dérangent ….) sont difficilement compatibles avec les logiques politiques de court terme

Les Français estiment que nos édiles ne les représentent pas, ne les comprennent pas ni même ne préparent réellement l'avenir. On peut donc s'inquiéter de cette dérive entre le peuple et les élites politiques. En conclusion, une question démocratique se pose; un élu peut-il être à la fois un représentant du peuple et à la fois un « représentant » de l'avenir (prescripteur). A priori, être juge et partie entre les intérêts de court terme et de moyen terme n'est pas possible dans l'état actuel de la démocratie car c'est toujours le court terme qui s'impose et donc l'électoralisme.