Depuis longtemps je m'interroge sur l'apparente immobilité de nos sociétés. Bien que les évolutions technologiques soient très rapides (la loi de Moore explique que les capacités technologiques doublent tous les 18 mois) force est de constater que les progrès sociologiques sont à la traîne, quand il ne s'agit pas de régression. Cette contradiction m'a toujours interpellé.

Le rôle joué par ceux qui détiennent le pouvoir est à cet égard symptomatique. J'ai d'ailleurs la conviction que ceux qui ont le pouvoir, que ce soit dans les pays démocratiques ou dans les pays autocratiques, sont le frein principal au changement. Probablement parce que le changement modifie les "règles" du jeu notamment celles qui permettent à l'ordre social de durer.

Je m'explique:

La vocation théorique du pouvoir politique est de proposer une vision prospective de la société (la cité) et d'impulser les dynamiques de changements. Cela suppose une capacité de remise en question des inerties sociétales et donc de soi-même bien évidemment incompatible avec la pétrification du pouvoir.

La réalité est bien différente, ceux qui ont le pouvoir n'ont pas l'intention de le laisser. Il y a bien sûr les explications données par ceux qui sont concernés, elles sont toujours altruistes y compris pour les autocrates; personne n'explique que c'est par intérêt personnel. On finit toujours par habiller la réalité par des alibis comme « l'intérêt collectif », « les compétences », « l'expérience » ...bref toujours les mêmes litanies populistes.

Examinons le comportement des dictateurs ou autocrates. Ils occupent le pouvoir depuis des décennies. La plupart du temps ce pouvoir a été capté dans le cadre d'une rente de situation, soit l'un a pris la suite du père, soit c'est le parti unique qui a permis la cooptation.....etc les cas sont nombreux !

A cet égard on pourrait tenter des similitudes avec les démocraties ou on peut constater des modes de continuités politiques équivalents, mais habilement maquillés par des rites démocratiques. Les autocrates restent au pouvoir 20, 30 ans voir plus au pouvoir ...nous le constatons également dans les démocraties, les exemples sont innombrables. On pourrait même conclure que cela pourrait durer jusqu'à la nuit des temps, d'ailleurs ces pratiques sont très anciennes, elles se pratiquaient du temps des empereurs romains.

Et puis les peuples se rebellent, c'est ce qui s'est passé en Afrique du Nord, dans d'autres pays comme Haïti, actuellement en Ukraine ..... Lassés, les peuples, signifient très clairement que celui ou celle qui a le pouvoir doit partir. Ils finissent toujours par partir, mais pas de bon gré. Le plus étrange est d'ailleurs cette pantomime qui paraît burlesque, les autocrates ou individus enkystés dans le pouvoir (c'est peut-être l'inverse, le pouvoir enkysté par certain) qui déclare vouloir rester pour terminer leur mission (on se demande laquelle ?) Le plus rigolo a été Duvallier à Haïti qui est revenu proposer ses services. En fait ces individus ont un tel besoin d'exister par le pouvoir (être gratifié à titre personnel, ce qui est une forme sophistiquée et dangereuse de l'égo-centrisme) qu'ils sont devenus sourds et aveugles, ils n'entendent plus les gens si tant est qu'ils aient jamais écouté. On pourrait penser que cela ne concerne que les autocrates, en réalité nos démocraties sont menacées de façon semblable même si les règles du jeu paraissent plus libres. Néanmoins il faut avoir confiance dans l'avenir dès lors que l'on s'investit pour défendre des valeurs collectives (le bien commun) et non pas un ou des intérêts individuels. Ainsi, le parlement vient de voter une loi qui va dans le bon sens, celle de la limitation des mandats (Sénateur-Maire, Député-Maire)

C'est une première étape, il faut bien le reconnaître car la limitation votée est légère, mais il ne faut pas jeter l'eau du bain avec le bébé. Cette loi, je le répète va dans le bon sens, elle exprime une évolution de la société qui exige de plus en plus une limitation des mandats y compris dans la durée. En conclusion il faut continuer à exercer une pression sur les représentants afin de mettre en place une véritable limitation des mandats et de leurs durées.